Hymne à mon sac à dos

Publié le par Michèle Soullier

C'est un sac à dos en cuir. Il est posé là, tout mou, tout flasque sur le parquet.

Un vieux sac en peau de couleur brune, plus claire par endroits. Un cuir lisse, luisant, mais ça et là un peu râpé, usé, scarifié.

L'objet gît sur le sol et semble attendre. Il a l'air d'un animal triste, renfrogné, avachi, avec ses deux bretelles ballantes, telles des oreilles de chien de chasse. La protubérance de la poche avant, avec ses plis successifs, conforte l'illusion animalière, évoquant le museau de la bête.

Cependant tout à l'heure, lorsque je sortirai et que je placerai dans ses entrailles tous les effets dont j'ai besoin, il reprendra sa forme, retrouvera sa prestance, sa dignité. Car dès qu'il flaire la promenade, il se redresse, s'enorgueilli et semble frétiller comme s'il devinait qu'il allait enfin tenir son rôle, remplir sa mission.

Une fois sur mon dos, il devient une part de moi-même tant sa forme s'adapte à mes courbes. Sanglé, arrimé à mon corps, nous ne faisons qu'un. Il est un prolongement, presque un organe que je peux ôter et reprendre.

Ses multiples poches intérieures sont autant de recoins mystérieux dans lesquels se perdent des trésors : petits bouts de papiers pliés, froissés avec d'énigmatiques notes ou numéros de téléphone...

Et il est là, toujours à ma portée, humble et fidèle comme un animal de compagnie. Il est mon vieux compagnon de route, informe et usé à la corde, mais je m'en fiche. Je n'en changerais pas pour tout l'or du monde.

Photographie de Tristan Zilberman

Hymne à mon sac à dos

Publié dans L'air du temps

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