Mea culpa…ou pas

Publié le par Michèle Soullier

photo de Tristan ZilbermanJe dois te faire une confidence, je dois alléger le poids de cette culpabilité qui me tenaille depuis que j'ai commis cette chose...Je doit le parler, je dois l'écrire, le confesser, et peut-être que j'arriverai à nouveau à me regarder en face. Oui, j'ai commis un acte...abjecte, pitoyable !

Voilà. Il se trouve que je voulais m'acheter des tee-shirts. Il se trouve que je suis passée devant une grande enseigne, une méga enseigne qui brasse dans le monde entier. Je suis entrée. J'ai filé au rayon qui affichait des super promo, j'ai choisi la taille, la couleur et embarqué mes deux articles. J'allais poursuivre d'un pas décidé vers les caisses et un truc m'a fait faire demi-tour : 3,50 €. C'était le prix du tee-shirt. En tant que consommatrice (et citoyenne) je me suis demandé comment c'était possible un si petit prix.

L'espace d'un instant, j'ai vu les ateliers, les hangars de zones franches qui poussent à la périphérie des mégapoles des pays qu'on dit émergents, comme j'en avais connu dans la banlieue de Tananarive. Des monstres « sans visage » (comme la finance de notre président), pourtant composés de capitaux bien identifiables...Et dans ces ateliers, des femmes, des adolescents, parfois très jeunes, entassés, surveillés, travaillant sans répits, esclavagisés. Achetons français, achetons éthique, avions-nous scandé ! Sinon, boycottons puisque nous savons !

Pourtant, j'ai continué vers la caisse, comme un automate. Allez savoir ce qui m'a conduit à cette lâcheté...Il va falloir que je m'allonge sur le divan ! Je disais donc, j'ai continué vers la caisse. Il n'y avait personne. J'ai attendu avec mes 10 €. Au bout d'un moment, un homme est venu vers moi et m'a expliqué gentiment, avec beaucoup de sollicitude, que je devais scanner moi-même mes articles.

Alors j'ai repensé aux « petites mains » de mes tee-shirts, et en face, à notre société toujours plus robotisée. Et m'est apparu cette réalité d'une nouvelle forme d'esclave : « l'être inutile ». Celui qui pour vivre doit quémander sa pitance. Qui, lui dit-on, vit au crochet de la société ! Aumône, expédient, RSA, même combat (pas tout à fait mais presque).

Car aujourd'hui les robots sont là ! Bientôt les possédants, ces grands seigneurs n'auront plus besoin de main d'oeuvre. Plus besoin de ces masses à manager et à ménager. Libérés des incompétences, des absentéismes, des négociations, des grèves...Libérés enfin !

Et pendant ce temps là, que feront les foules inemployée ? Si on regarde le verre d'eau à moitié plein, on peut imaginer qu'elles utiliseront leur revenu universel – ou autre appellation - (payé au moyen des gains de productivité) pour s'épanouir.Si on regarde le verre d'eau à moitié vide, on peut imaginer qu'elles réinjecteront docilement leur revenu universel dans le système production/consommation, car il faut bien alimenter la machine !

Je suis sortie du magasin. Dehors sur le parking, le froid et le mistral m'ont réveillée et m'ont foutu une bonne claque. Je devais l'écrire.

Décembre 2016

Publié dans L'air du temps

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