Changer le Monde

Publié le par Michèle Soullier

Le Pique-nique de la France InsoumiseLongtemps j'ai cru qu'on pouvait changer le monde. Faut dire qu'un père militant communiste, ça aide ! Je me souviens de cette foule qui scande « Paix au Vietnam » et moi, perchée sur les épaules paternelles, je survole une marais humaine débordante de colère et de ferveur à la fois.

Longtemps j'ai cru que je pouvais participer à changer le monde. Je revois cette foule qui entonne et martèle « Non au nucléaire ». Je me souviens de l'orage qui gronde, et en écho, les grenades des CRS. C'était Creys-Malville en 1977. Mes amis et moi, main dans la main, pataugeant dans la boue sous une pluie battante. « Non au nucléaire ! ». Mais le nucléaire a prospéré au mépris de nos protestations.

Longtemps j'ai cru que je pouvais changer le monde, moi, avec la force de mes convictions ! Eclairer les consciences. Mettre au jour les évidences. Dans mon cœur d'ado, la vérité n'était pas un vain mot, ni une construction abstraite. Il suffisait de la faire éclater, de la clamer haut et fort pour qu'advienne un monde meilleur. Pourtant, Allende a été assassiné, la Palestine n'en finit pas d'être martyrisée, l'Afrique d'être pillée et humiliée.

Alors j'ai cessé de croire. Comme si le destin des hommes et de la planète était joué d'avance. Un destin sinistre et inexorable. J'ai vécu les années 80 comme on jouit d'un bien de consommation, dont on use et abuse. Sans états d'âme, sans trop me poser de questions, sans trop interroger ce qui dérange. A minima, j'ai mis mon bulletin dans l'urne et encore...Ainsi a filé le temps et ma vie de citoyenne réduite à sa plus simple expression.

A la fin des années 90, c'est ATTAC qui m'a fait sortir de ma léthargie politique. A cette époque j'enfourche avec allégresse ce cheval de bataille. L'altermondialisme est mon nouveau crédo : la mondialisation autrement, la militance au-delà des partis. Qui veut agir au local et au global, qui pointe du doigts la finance prédatrice, prône la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens, dénonce les petits arrangements des multinationales pour échapper à l'impôt, les nouveaux esclavagismes...En 1998 on fait reculer l'AMI (accord multilatéral d'investissement), en 2001 « Un autre monde est possible » à Porto Alegre, en 2004 on milite contre la constitution européenne qui donne un coup d'accélérateur au néo-libéralisme débridé. Et lors du référendum, le « Non » l'emporte ! De quoi se réjouir, se féliciter, se redonner de l'espoir. Ces victoires signifient que le peuple (ou une majorité ayant une conscience politique) n'est pas dupe de ce qui se trame dans son dos, dans les instances internationales et européennes. « Ils ont dit NON, mais ils l'avaleront la potion ! Ils l'avaleront de force, comme un enfant récalcitrant qui fait la grimace pour manger la soupe ». Et pour nous faire rentrer dans le rang, l'épouvantail du FN.

Pourquoi les riches veulent-ils toujours s'enrichir davantage ? Pourquoi les pauvres votent à droite ? Pourquoi les hommes politiques font-ils le contraire de ce qu'ils disent ? Pourquoi on croit encore ce que dit la télé, la radio et les médias dominants ? Pourquoi on a la mémoire aussi courte ?

Le néo-libéralisme ne s'est jamais aussi bien porté. Quelques milliardaires détiennent tout, alors que la pauvreté gagne chaque jour du terrain. Les Etats-Unis confirment leur position au Proche-Orient après avoir semé le chaos en Afghanistan et en Irak. Tous ceux qui ne se plient pas tomberont ! Les multinationales surpassent en richesse les états. Elles font la pluie et le beau temps. Avides de croissance et de puissance, elles enflent, enflent, telles le crapaud de la fable. Mais la peau de la bête se tend, se fissure et se craquelle. Elle est à bout de souffle, elle va imploser. Et un peu partout en Europe les fascistes sortent du bois, prêts pour le grand retour. Qui peut empêcher ça aujourd'hui ?

Longtemps j'ai cru qu'on pouvait changer le monde. Puis j'ai arrêté de croire. J'ai écouté de loin en loin, un peu désabusée, les débats et les polémiques. Avec des soubresauts d'enthousiasme lorsque Denis Robert dénonçait Clearstream, ou quand le Front de Gauche voyait le jour, puis à nouveau l'apathie.

Pourtant aujourd'hui j'ai retrouvé de l'espoir. Et c'est JL Mélenchon qui réveille cet espoir. Parce qu'il a une vision à long terme, globale, sensible et humaniste. Parce qu'il dépeint une civilisation où les valeurs premières ne sont pas la compétition et l'argent, mais la solidarité et la fraternité. Une société où chacun trouve une place, un boulot, de quoi vivre, élever ses enfants...Une société débarrassée de la peur. Peur du chômage, peur du terrorisme, peur du migrant. Si l'on n'a pas en permanence l'angoisse du lendemain, on peut faire de belles choses. On peut vivre une vie qui a du sens. Qui n'est pas que de la survie.

Mais, me direz-vous, ses analyses et ses propositions ne sont pas si nouvelles. La plupart sont aussi portées par des courants de la gauche de gauche. Alors, pourquoi serait-il plus crédible ? Peut-être parce qu'il a cette force de conviction, cette sincérité, et surtout la détermination et le courage nécessaire (lui) pour s'opposer à la finance, à l'oligarchie, au dictat de l'Europe. Il refuse les petits arrangements politiciens, les compromis minables pour un siège, un mandat. Il a une approche universaliste. Il s'appuie sur une dynamique et un réseau mondial.

Contre le chômage, la pauvreté, l'austérité, la peur, la compétition, la guerre, le gaspillage des richesses. Pour la justice sociale, la culture, l'éducation, l'environnement...Il dessine avec des mots une société où j'ai envie de vivre. Il raconte des épisodes de notre histoire, sombre ou lumineuse. Il fait appel à nos intelligences, à notre raison. Il cite Hugo, Voltaire, Jaurès...Il est philosophe et poète. Il nous fait partager son amour et son respect des hommes et aussi des bêtes, fustigeant la maltraitance animale.

Mais une société plus humaine et plus juste, ça ne va pas tomber du ciel ! Il faut beaucoup de monde et beaucoup de détermination pour la faire advenir. Avec le mouvement « la France Insoumise », les lignes bougent, des consciences s'éveillent, des énergies se mettent en actions. Le projet de 6ème République fait des émules. 

Alors, quand je vois tout ça, je me dis que, oui, c'est possible. On peut changer le monde.

 

M. S. - Septembre 2016

 

Publié dans L'air du temps

Commenter cet article