Je suis un chien !

Publié le par Michèle Soullier

photo de Tristan ZilbermanJe suis un chien ? Perhaps. Ils m'ont jeté dans le caniveau. Comment j'en suis arrivé là !?

Je me suis réveillé un matin. Aucun bruit dans la maison. Seule la télé en sourdine. Dans le salon, des verres vides, des cendriers pleins, des vêtements épars. J'ai suivi, comme un jeu de piste, une chaussure abandonnée sur la moquette, un sous-vêtement. Je l'ai pris. C'était ton soutient-gorge. J'ai avancé vers la porte entrouverte. Je t'ai vue lovée dans les draps défaits. L'autre, il était là, avec son corps épais, son bras pendant sur le bord du lit, ses jambes qui enlaçaient ta taille, ses ronflements. Et toi, comme un ange, tu souriais.

Je me souviens quand j'étais ton amour, ton seul et unique amour. Je me souviens de ton odeur, de la douceur de ta peau...

J'ai fait demi-tour, j'ai fermé la porte, j'ai traversé le couloir, je suis sorti dans la rue, je me suis assis sur le banc en face de l'immeuble, j'ai vu la petite lumière. La chambre.

Oppression dans ma poitrine. Chaque inspiration est un effort. J'ai inspiré du béton. Le béton dans mes poumons. Je pèse une tonne. Ma tête, elle est en feu, elle est en sang, elle va exploser. Je dois me sauver. Non…je dois faire justice. Injonction de justice ! Je retourne. Je fais le chemin en sens inverse. Avancer, pousser la porte de l'appartement, se diriger vers la cuisine, trouver le....où est-il ? Dans le lave-vaisselle ? Trouver le grand couteau. La lame est tranchante, luisante sous le néon. Le manche est lisse, je le tiens, je le manipule, je l'ai bien en main. J'avance le bras en propulsant l'objet. Shlak. Ma poitrine est toujours sous une chape. Je me dirige vers la scène. Obscène. Comme un animal blessé, mes pulsions sans limites.

Décharger, trop-plein, déverser, exulter, haine, déchiqueter, détruire, douleur, désespoir.

Je suis un chien...au milieu d'une mare de sang.

Publié dans eux, les autres

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